• EFFRACTION : Collectif de poètes

    des cinq continents

    /Éditions L'Harmattan

     

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    Sur le seuil de cette nouvelle année dont tout nous échappe comme pour mieux en accueillir les inattendus, nous ne formons d'autres vœux que celui du courage intellectuel (inséparé du physique), pour affronter les leurres dressés devant nos espoirs humains par les antiques discoureurs de nouveaux mondes
    Si la poésie ne sauvera aucun d'eux, souhaitons qu'elle se sauve glorieusement elle-même des embellies de mots qui la détournent de ses rendez-vous avec l'histoire.

    Où se dépeuple l'arbre

    de ses frissons

    afflue la force de mille parts

    pour tisser l'océan

    de bois démontés*

     

    *Extrait de « ALTITUDES » sur des mots de Philippe Tancelin, des images d'Ernest Puerta

     

     

     

    plan-silence

    sur un Gazzaouicide

     

    Et vous aimiez la vie...

    Et contre le retour de vos frères

    ils ont tiré-réel

    à balles sans retour

     

    Et vous aimiez la vie...

    Et contre votre approche sans armes

    ils ont exécuté leurs menaces

    à pleine mort

     

    Et vous aimiez la vie...

    Et contre votre avancée de Paix

    ils ont poursuivi la guerre

    à tueurs sans las

     

    Ils ont visé les colombes

    leurs ailes blessées errent aux consciences

    l'air est rouge entre les ombres de l'olivier

    un ton de flûte passe sur la poussière...

     

    "Un peu de retenue"

    messieurs les gouvernants--fauteurs de mur

    à claire-voie du silence

    Le temps se couvre de mousse

    mais ne taira pas le ululement de la chouette

    au-dessus de vos palais

     

    Quand des innocents le sang coule

    sur la terre occupée

    le crépuscule des faux-dieux se promet

    par le solaire qui passe la frontière

    avec ses résistants

    Philippe Tancelin

    7avril 2018

    ******************************

    Centre International de Créations d’Espaces Poétiques

    et de Recherches

    Répondeur Téléphonique

     

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    Espace l'Harmattan

    21 rue des Ecoles Paris 75005

     

    Métro : Cluny/Sorbonne, Jussieu, Maubert-Mutualité

     

     

     

     

  • Rendez-Vous

    21ème PRINTEMPS DES POETES

    au THEATRE DU NORD-OUEST

     

    Michèle BARBIER

    chanteuse et auteure

    recevra

    Samedi 23 Mars

    de 15h à 17h

    Anne de COMMINES

    et Philippe TANCELIN

     

    Lecture signature

    Anthologie des Ascendances

    Editions Unicité

    Performance dansée par

    Isabelle DUFAU

    Serge PAPIERNIK

     

    Théâtre du Nord-Ouest

    13 Rue du Faubourg Montmartre

    75009 Paris

    M° Grands Boulevards


     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Paris le 15 mars 2019


    Chers (es) amis(es)Poètes

    Les Editions Unicité (François Mocaer)
    José Muchnik, Philippe Tancelin et Pilippe Barnoud
    sont heureux de vous informer de la parution de « Un chant pour Paris « (Anti-guide poétique) auquel vous avez participé par l'un de vos textes.

    Nous vous invitons à une première vente -signature de l'ouvrage le :

    9 avril de 18h30 à 21h
    à l'espace Christiane Peugeot
    62, av de la grande Armée 75017 Paris

    Dans l'hypothèse où cette date ne vous conviendrait pas, une seconde vente-signature se tiendra le

    23 mai 2019 à 19h30

    à l'espace MATRESELVA
    32 rue du Hameau Paris 75015.

    Dans la joie de vous retrouver à l'une ou l'autre de ces occasions et peut-être les deux, recevez l'expression de nos très chaleureuses et poétiques pensées.

    PS : En fichier ci-joint la couverture de notre ouvrage

    Editions Unicité
    José Muchnik, Philippe Tancelin,
    Philippe Barnoud

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Porteurs des Paroles III

     

    Tribune 7

     

    Quand prévoir ne doit pas oublier de voir.....


    Bien sur ce 16 mars prochain, on espère un autre jour « pour entrer dans un monde meilleur » comme le laisse lire ce fragment écrit sur un mur de boulevard parisien...
    Bien sur ce 16 mars, on le veut sinon décisif du moins d'une voie (x) d'appel, renouvelée pour voir autrement venir et vivre différemment les jours suivants...
    Bien sur ce 16 mars, on le désire une autre page sur le cahier non pas de doléances mais d'exigences de mettre fin à des souffrances dont seul un réel partage, sait faire entendre leur mesure...
    bien sur ce 16 mars, on cherche sinon la réalisation au moins l'écoute d'un vœu de convergences des luttes, des efforts dispersés, fragmentés, éclatés, sous la catapulte des commentaires des pouvoirs politico-médiatiques et leurs élites méditatives.
    Bonheur donc à ce 16 mars, carrefour culminant des 17 samedis en actes qui précèdent.

    Si beaucoup d'éléments politiques, sociologiques prêtent à l'intelligence, à la lucidité, une disposition pour que ce 16 mars satisfasse un désir commun, sans doute vaut-il mieux se garder de toute prévision pour se préparer à accueillir l'étonnant quel que soit son contenu, tant il apparaît depuis le début la fortune des « gilets jaunes ».

    Qui ne fut pas surpris en effet de voir surgir d'une initiative individuelle de pétition contre la hausse des carburants, l'occupation soudaine de centaines de ronds-points à travers le pays !
    Qui ne fut pas surpris de la répétition toujours différente des déambulations de plus en plus labyrinthiques du samedi !
    Qui ne fut pas surpris du soutien massif reçu par ce mouvement malgré toutes les embuscades tendues !

    17 actes se sont jusqu'à ce jour succédés. Leurs nouements et dénouements dans le rapport dramatique avec l'ordre public, ont ressemblé par certains aspects à une tragédie anté-aristotélicienne : lorsque le choeur tragique apparaît sans acteur c'est-à-dire sans représentant de son assemblée réunie dans une communion d'appel, et qu'il demeure néanmoins omniprésent, ici d'une seule couleur qui détourne la loi sociale (gilet jaune)et d'un seul chant ( non à la fin du monde en fin de mois), sur la scène circulaire du rond-point, visible de tous sans bouger, autour de l'autel de la résistance avec pour chef de chœur la toile du réseau social.
    Ces 17 actes on suscité des débats d'une extrême vigilance et d'un apprentissage de la démocratie vivante , Ils ont provoqué une immense circulation, confrontation de pensées et d'opinions ; ils continuent de le faire à la plus grande surprise de tous et ressemblent bien à ce qu'on nomme élogieusement un Étonnement.
    C'est ce même étonnement dont le poète nous rappelle qu'il est le fruit à préserver de notre enfance au monde et c'est celui-là qui est en question aujourd'hui.

    A trop considérer, analyser, convertir de prétendues incohérences en logique politicienne, quelque chose risque de se perdre de vue.
    Grande précaution ne faut-il pas prendre ce jour vis à vis de toutes projections à court comme à moyen terme sur les lendemains !
    On sait de haute mémoire de luttes combien il faut se méfier de tous rendez-vous catégorique qu'on voudrait fixer au courant du fleuve histoire. Les récentes expériences de mobilisations (loi travail, retraites , sncf, parcoursup..), ont rappelé que prévoir non seulement n'est pas voir mais peut provoquer le déplorable effet de distraire, de faire digresser quand ce n'est pas d'occulter ce qui « saute aux yeux ». Pour ce qui concerne ces 17 semaines dernières, n'oublions pas ce que représente sans aucun doute un des plus beaux apports de ce mouvement.

    Ce que d'aucuns s'étonnent chaque samedi venant.
    Ce sur quoi d'autres s'interrogent, s'interpellent, et se chicanent sans bien comprendre.
    Ce que le plus grand nombre retient non sans crainte pour certains, avec admiration pour d'autres, est ce qu'ils nomment dans une langue convenue: "détermination, courage, persévérance voire obstination".
    Les commentaires les plus insidieux comme les plus grossières tentatives de diversions, intimidation, discrédit, marginalisation, criminalisation, offenses, opprobre, mépris culturel de classe à travers une lutte sans merci à l'intérieur même du langage, détourné, capturé par les tenants du discours instruit... tout cela a échoué jusqu'alors non sans surprendre même les plus engagés dans le mouvement.

    Chercher à prévoir ou préparer un rendez-vous pour que demain s'élève à la hauteur d'un désir plein d'ardeur, est sans doute compréhensible. Cependant, au risque d' une projection, trop hâtive sur le lendemain, mieux vaut-il veiller à ne pas prendre distance et regarder au plus près en quoi consiste , la puissance de ce mouvement laquelle, l'a mené où il est avec cette aptitude à déjouer tous pronostics des prétendus doctes en la matière.
    .
    Cette aptitude est celle du faire geste, au sens le plus intime et profond de toute relation humaine digne de sa nature.
    Depuis 17 semaines et grâce à elles, par leur répétition toujours différente, un geste s'est fait, le geste d'une présence malgré tous les vents, un geste de retrouvailles possibles entre communs divisés, un geste d'effraction dans le rapport à l'ordre public, à la convention de distribution autoritaire des rôles, des permis de paroles, des gestions de causes,des repères de légitimités, un geste de libération dans la circulation-habitation des territoires, un geste de passage d'une communauté réduite aux acquêts à une communauté totale, un geste d'adresse à celles, ceux qui n'osent pas encore, ne risquent pas le pas dehors, ceux qui ont peur de laisser la maison seule..un .geste sublime d'offrande d'un temps privé (familiale-samedi-dimanche) à un temps civil, collectif.

    Comment avoir tant patienté ce geste et pire encore l'avoir éloigné sensiblement au nom de la raison, et d'une certaine orthodoxie d'écriture du cours historique des événements. Comment l'avoir rejeté au nom de la logique d'étapes dans la construction de rapports de forces, l'avoir rayé du vocabulaire au nom de « sorties de crise par le haut » dont on comprit très vite qu'elles étaient les bas-fonds de dresseurs de plans d'architectes de fin de luttes plutôt que de bâtisseurs d'habitats dignes de résister aux adversités.
    Quelle plus lourde peine, quel plus grand désert, serait d'oublier ce geste, ce signe d'adresse de la présence sensible aux victimes de l'isolement collectif ! Quelle plus grande perte, plus douloureuse séparation, plus lâche abandon serait de mettre entre parenthèses ou négliger un instant seulement ce chant d'un nouveau choeur tragique de l'antiquité humaine que nous portons sans cesse en nous.!

    Si les gilets jaunes et toutes celles, ceux qui s'y joignent, expriment leur colère , leurs refus, leurs rancœurs contre ce qui les limite, les silence, les efface, les méprise, rien...rien jusqu'à présent ne les dissuade de s'assembler malgré les blessures, souffrances physiques et morales endurées dans les manifestations.
    Ils continuent de s'assembler pour des revendications multiples, différentes voire contraires mais non contradictoires et ce, à l'infini de leur désir d'égalité et de respect. Ils s'assemblent sous de très rares mot-d'ordre et comment ne pas s'en réjouir...ne pas applaudir ce peu de mots en ordre pour l'Ordre, quand c'est une autre langue de passage du vécu soumis au sens libre de vivre qui s'invente. Ils s'assemblent sans lasse et quelque soit leur nombre (au mépris même de leur numération). Ils sont là, en mille lieux ensemble à nous faire signe de notre propre présence à ce monde en commun.

    Depuis quatre mois et en 17 actes, ils ont grandi, étendu le geste d'un entre-soi de difficultés de vie, à un geste-cadeau de la présence de chacune, chacun à l'autre, cette même présence qui nous fait tenir par nos zéniths .

    Les 17 actes ont ouvert nouveau cahier d'écriture collective à la page première du pourquoi et comment vivre dans l'égalité sous toutes les couleurs d'encres d'expression libre
    C'est un cahier sans marque page ni date de prédilection fût-ce pour un 16 mars ou un autre jour... C'est un cahier de pages nues où mots et gestes se joignent par étonnement mutuel qui résonne d'un devenir aussi pur que nous préserverons et nourrirons notre puissance à l'accueillir.


    Philippe Tancelin
    poète-philosophe

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    ACTE XII...la leçon du respect

     

    Des milliers de ronds-points animés, des dizaines de barrages dressés, plusieurs milliers de kilomètres d'itinéraires poursuivis, plus d'un million de manifestants toutes générations confondues et beaucoup de femmes... douze semaines de mouvement sans fléchir malgré la répression.

    Comment porter une voix sans haine ni vengeance mais avec exactitude devant le dédain ? Comment porter la blessure autant physique qu'affective face à l'injustice et la brutalité d'un système de pensée économique et politique broyeur d'humanité ?

    Dans quelle langue dire l'urgence de la reconnaissance de ses plaies à une autorité ayant perdu tout sens de la réalité qu'elle fait vivre à ses victimes ?

    C'est ce que questionne depuis douze semaines à l'adresse du pouvoir, la multitude étoilée de gilets jaunes exigeant le respect de son identité.

     

    Respect de ses blessés.

    Respect de son indépendance vis à vis des partis, syndicats,organisations diverses et variées.

    Respect de sa parole directe hors tout représentant-leader-faussaire

    Respect de son intégrité dans le choix de ses actes, de ses pensées, de ses propos.

    Respect de sa fraternité exemplaire dans la différence.

    Respect de son imagination créatrice d'un « NOUS » habitant du monde sur tous les horizons.

     

    Cette exigence de respect devrait être perçue par des autorités responsables comme un véritable enseignement que le peuple leur dispense avant qu'elles ne s'abîment dans le mythe autoritaire d'une légitimité sans épreuve. Une telle leçon donnée depuis trois mois par le mouvement tient dans son insistance et sa détermination d'habiter la rue comme s'il s'agissait à travers elle, d'affirmer qu'on habite sur cette terre, ensemble pour un séjour commun dans l'esprit magnifique que révèle cette phrase étonnante écrite sur une pancarte de manifestant . « début de nous à la fin du moi »

    C'est un rapport tout autre au monde et à la communauté humaine qui s'exprime là, à travers une amitié tissée jour après jour dans la rencontre fraternelle avec l'autre au cœur du mouvement. C'est cela qui permet aux femmes et hommes de durer dans la lutte et de se donner le droit de continuer à vivre malgré et au-delà de leur peine et des blessures qu'on leur infligeChaque jour sur les ronds-points, dans les cabanes, au cours des assemblées populaires où on débat de ce qu'on va agir pour durer, mais aussi à l'occasion de chaque marche hebdomadaire et son bilan, il se forge certes une dynamique de coopération entre tous, et plus encore une puissante manière d'habiter ensemble sur terre aujourd'hui. En cela se recrée la légitimité du séjour humain sur cette terre ainsi que les moyens de la préserver en tout respect de la Nature.

    A cet égard, le mouvement des gilets jaunes est un mouvement authentiquement poétique non pas au sens, détourné et confus d'arracher quiconque à la réalité pour fuir dans un rêve sentimental. Bien au contraire, il est poétique car il est capable de mesurer pleinement au cœur du réel, toute l'étendue de la peine que tous vivaient jusqu'alors solitairement dans la division tandis que maintenant, heure après heure, grâce à la lutte, tout s'éclaire d'un ciel certain en chacune, chacun grâce au fruit d'une profonde fraternité construite, vécue. C'est cette fraternité à elle seule qui fait s'aimer être Homme sur notre terre et permet de relever la tête par-de-là ses blessures.

    L'acte poétique qui consiste à vivre dans cet esprit malgré la répression et le déni des possédants, n'est pas de toujours, ni définitivement acquis. Il dure comme nous le rappelle le poète Hölderlin , aussi longtemps que « ce qui de pure amitié dure encore... »

     

    Dès lors qui s'étonnera que les semaines passent et que ceux qui s'impatientent d' attendre la fin du mouvement, pâlissent de fureur autant que de peur devant autant d'endurance.

    Le grand enseignement poétique et philosophique que les « gilets jaunes » donnent à l'époque et à nos politiques est le suivant : Loin des plans qu'un architecte bien intentionné dessinerait en vue de construire l' habitat pour un mieux être, c'est le mieux être lui-même qui est l'unique habitat digne d'un séjour humain sur terre, entre les Hommes. Cet habitat est construit par le vécu de tous depuis la maison ouverte à l'autre jusqu'à la rue du monde...

    Il faut entendre la dimension planétaire que peuvent prendre aujourd'hui les résonances de ce mouvement. Sa couleur, habitée du courage de celles et ceux qui durent, rend étonnamment visible la beauté étrangère de cette lumière surgissant maintenant de l'apparence obscure de la réalité sociale familière.

     

    Philippe Tancelin

    poète-philosophe

     

     

     

     

     

    Tribune 5

     

    Du nouveau sens des couleurs

    ... « sans raison garder »...

     

    Il semblerait que depuis le « voir rouge » courroucé des autorités à -travers leur répression du mouvement des gilets jaunes et devant sa persistance, le gouvernement au nom de la « raison garder » se soit senti obligé d'ajuster sa vision des couleurs à une certaine réalité sociologique du pays.

    S'appuyant sur maintes études dispensées gratuitement par une frange de diplômés dont les sondages disent leur lassitude sinon leur exaspération devant le mouvement des gilets jaunes, le pouvoir avec les aides médiatiques dont il dispose, s'est engagé depuis quelques jours dans une campagne de reconquête, non pas de l'opinion publique mais de sa pratique publique de l'opinion, à savoir « la communication ».

    C'est ce que signifie l'opération de lancement sur orbite électorale du « Grand débat » à l'adresse de toutes, tous, avec la complicité des docteurs en pacification par le « logos ».

     

    Du « voir rouge »,surgit ainsi le « voir blanc » des architectes de la paix sociale c'est-à dire de la réconciliation des inconciliables.

    On entend en effet le mot « fracture », revenir à la charge contre le « ni, ni... » comme s'il s'agissait d'un malaise dans le vocabulaire que pourraient régler les « gens de lettres » à la place de « les gens de rien », ces pauvres gens « peu diplômés » qui comme nos responsables et doctes politologues, le disent haut sur les chaînes radio-télé du service public, « manquent d'outils conceptuels et de profondeurs de réflexion pour construire une cohérence de leur mouvement »

    Si les phraseurs diagnostiquent à nouveau « une fracture », qu'ils sachent que leur mépris de classe (sur-diplômés contre peu diplômés) la rend irréductible et que c'est bien d'une lutte de classes en re-devenir dont il s'agit plus que d'un mouvement en marche, vers un dialogue social entre sujets de bons tons sous tous rapports.

     

    N'en déplaise à celles et ceux qui se posent « en capacité de gouverner » ainsi qu'à celles et ceux qui cherchent cohérence, construction de programme de revendications, et ou fédération des mécontentements, rassemblement des luttes, le jaune n'est pas une couleur sur la palette d'artistes pour une œuvre esthétique qui ferait date dans l'histoire de la peinture sociale des luttes.

    le jaune n'est pas une couleur sur la palette d'artistes pour une œuvre esthétique qui ferait date dans l'histoire de la peinture sociale des luttes. Le jaune est cette vision solaire de vivre à hauteur de sa lucidité, dans l' univers crépusculaire de nantis qui sont prêts à toutes les nuits du monde pour sauver leur groupe électrogène de chevet.

     

    Depuis « raison garder » et tous unis par la même représentation d'un univers limité au devoir de comprendre ce qui a raison d'être entendu, les agents des pouvoirs seraient prêts à une sorte de « post-démocratie », capable d' écouter les raisons de se révolter d'un peuple souffrant d'inégalités et selon eux de complexe d'infériorité de salaire.

    C'est hélas pour les technocrates du concept, ne pas compter avec cette immense part d'irrationnel qui fait d'une conscience d'exploité, d'opprimé, de déchu de ses droits d'expression et de création, un authentique artiste de sa révolte : une femme, un homme qui conçoit et fait de sa vie le chef-d’œuvre de s'aimer autre. S'aimer dans un visage, une voix un corps en ces mouvements qu' impulse l'éthique même de la rébellion.

     

    Ainsi peut monter d'un cortège, d'une assemblée, d'un rond-point, la trace d'une histoire immémoriale de la révolte quand elle vient habiter chaque conscience comme une présence irrépressible, un pressentir d'urgence à devoir réaliser tout ce qui a été empêché de se vivre , de se rêver pour vivre

    A la fameuse cohérence des « corps intermédiaires » que proposent contre la peur du chaos, les récits de l'histoire des mouvements sociaux, s'oppose une autre voie d'expression, celle qui prononce l'intuition ensemble du tout ici possible contre la fragmentation, la pulvérisation des résistances par les pouvoirs.

     

    Il n'est pour exemple que de regarder une manifestation de gilets jaunes, de saisir le rythme intérieur des voix, la grande fresque des visages, des corps remontant de la petite mort qu'on leur impose vers la conscience de leur liberté absolue qu'ils réinventent dans une langue originaire . Cette langue est assurément celle du poème que constituent certaines petites pancartes individuelles et anonymes ou encore le rythme poétique des corps, la danse des faces, la peinture des traits de physionomie bouleversés par ce rapport immédiat avec le réel.

    C'est un tel rapport qui subvertit aujourd'hui et sans ambiguité l'expression :

    « On a raison de se révolter » par son autre : « On a révolte de ses raisonner »

     

    Au grand désespoir prochain des raisonneurs qui ne le voient ni ne l'entendent...

     

    Philipe Tancelin

    poète-philosophe

    25 janvier 2019

     

     

     

     

     

    Tribune 4

     

    Révélation d’une avant-garde… La grande peur d’une apparition

     

    Par un vent glacial et puissant qui accentue le ressenti de froid et malgré les quelques braseros dont les lueurs réchauffent plus les esprits que les corps, ils sont cette nuit de la St Sylvestre vers 22h un peu plus d’une centaine de gilets jaunes sur le grand rond-point d’Aubenas en Ardèche… Quelques drapeaux tricolores sont plantés au sommet de modestes tentes-abris. Au centre de la partie blanche du drapeau, un poing levé suivi du dessin du département.

     

    D’abord, c’est le partage de sourires illuminés de tendresse qui circule d’un regard, d’un visage à l’autre sans hésitation, à l’adresse de tout venant avec gilet ou non, puis c’est le partage encore, celui de nourritures apportées par chacun(e) et sont offertes ici simplement, généreusement par les mains tendues. Certaines de ces mains sont frêles, d’autres plus marquées par le dur ouvrage. Elles émergent de plusieurs couches de tricots, blousons, anoraks pour affronter les bourrasques.

     

    Ensuite c’est la parole, tel un fleuve puissant et régulier qui file de lèvres en lèvres, liées par une même joyeuse pensée critique. Elle s’anime d’une singularité d’expressions habitées du réel qui transforme à cœur ouvert la langue de communication en une corne d’abondance d’échanges.

    Là, on vit au présent, on profère, on témoigne de cette mutuelle reconnaissance d’être debout ensemble à contre-courant des logiques politiciennes. On s’encourage à une écriture collective de l’histoire, une autre histoire surgie de manière atypique, subversive qui lance un défi à sa propre mémoire populaire. On s’enflamme par l’imaginaire d’un lendemain fier de la dignité recouvrée grâce à l’héritage de résistances en train de se constituer et de se transmettre aux enfants et petits enfants…

     

    Sur l’herbe rase du rond-point, derrière les tentes se dressent en mémoire des morts du mouvement onze croix blanches ceintes de fragments de gilets jaunes.

    Lors, d’autres sont venus… ils sont près de deux cents, dos aux centres commerciaux, les yeux vers la plaine et au loin les collines. On découvre un étonnant mélange de générations, depuis les plus adolescents, leurs grands frères et sœurs, leurs parents dansant au rythme des flammèches qui s’échappent des braseros, jusqu’aux plus âgés des grands-parents et même arrière grands-parents, siégeant sur leur chaise de camping, couvertures polaires aux genoux. Ils rient d’un bon rire qui refuse bien les vœux d’un Président imbu « du pouvoir qui lui a été malencontreusement prêté mais appartient au peuple qui le reprend » avec ses chants comme celui des « partisans » selon une écriture magistralement actualisée.

    « Vaut mieux mourir debout que de vivre à genoux », « Ne lâchons pas nos enfants face aux lâchetés des possédants » peut-on lire sur les gilets.

     

    Si d’aucuns entre les nantis, les éclairés, les élites et parmi eux tant d’autres « Assis » se demandent aujourd’hui «qu’est-ce que le peuple ?» « Où est le peuple ? » « Qui se prétend peuple ? »… Qu’ils apprennent et sachent entendre ceci: OUI depuis deux mois en France et pour une durée qui n’appartient qu’au courage de la Fraternité lorsqu’elle sort de ses gravures dans la pierre des édifices pour retrouver la ronde vivante des indignés, des révoltés, oui, le PEUPLE se réinvente dans une nomination qu’il prononce nouvellement. Il crée, écrit les événements de tout son corps pensant avec une orthographe du combat de l’imaginaire, selon d’autres conjugaisons de manifestations, d’étonnants tissages de solidarités, de bouleversants accords de participes avec les auxiliaires Avoir et Être qui ont été détournés par les grands propriétaires d’actions et de pensée du progrès ou encore d’une post-modernité anesthésiante.

    Oui il serait temps de percevoir l’intelligence et la créativité, de cette avant-garde révélée de femmes et d’hommes dessinant le vrai visage d’un peuple libre dont on dissimule la lucidité sous le voile de « gilets jaunes radicaux » quand ils écrivent sur certaines de leurs affiches : « Sachez bien une chose, ce mouvement des gilets jaunes est surement l’une des dernières révoltes populaires de masses, possible en France. Dans les prochaines années, l’intelligence artificielle, la reconnaissance faciale, les techniques de maintien de l’ordre et de surveillance empêcheront les peuples de se soulever. Pensez-y avant de raccrocher le gilet. »

    Cette avant-garde sur le grand rond-point d’Aubenas ou de tant d’autres ailleurs en le premier de l’an 2019, porte à voix haute et à visage découvert le véritable poème d’habiter autrement la vie et le monde, de les aimer, de s’aimer d’une juste manière humaine.

    La sage pensée ingénieuse, poétique qui anime pour une large part ce mouvement de révolte contre les injustices et les inégalités, protège aussi la nature. Elle y est chérie et respectée au nom même des signes-répliques par lesquels elle se manifeste face aux attentats que commet contre elle le système économique mondial et les ordures qu’il répand.

     

    Contre une peur certaine de l’autre que suscite notre seul complexe sécuritaire, réapprenons à nous inquiéter les uns des autres à travers ces gilets de protection qui ont la couleur solaire de notre possible humain devenir.

     

    Philippe Tancelin / poète-philosophe

    2 janvier 2019

     

     

     

  •    Soirée -Alireza Roshan 21 décembre 2018

    Espace L'Harmattan Paris 5

  • Porteurs des Paroles

     

    APPEL

    NOUS ATTENDONS Alireza RÔSHAN
    Poète parmi nous...

    Maintenu avec son épouse et son fils, comme tant d'autres en Turquie dans une petite ville de province, sous l'autorité des nations-unies et dans des conditions limites de survie (1),le journaliste, poète soufi iranien, Alireza Rôshan, membre de la confrérie des Derviches Ghonâbâdi, attend depuis mars 2018 et pour combien de temps encore un statut de réfugié politique de préférence en France ou dans le pays qui voudrait bien l'accueillir.
    Arrêté en Iran pour ses activités d'animateur d'un site sur sa confrérie et condamné à un an de prison, Alireza Rôshan s'est fait remarquer depuis plusieurs années sur « la toile » pour la qualité de sa poésie d'une grande spiritualité (2), relevant à la fois de la tradition persane par fragments-éclats de veine aphoristique et résonant non moins avec de beaux moments de la poésie symboliste autant qu'avec une certaine fougue « incisive » de surréaliste.
    Le poète s'inscrit au coeur du "politique" au sens le plus antique du combat de l'amour pour un monde de l'inséparable entre natures.
    Son écriture surgit de l'esprit du poème comme une respiration première et essentielle, toute de vigilance à l'endroit de la solitude et de la souffrance qui adviennent au jour humain. Elle relève de cette beauté du devenir ensemble à chaque instant de la présence les uns aux autres. Elle nous fait ainsi "veiller" aussi intensément que la lune demeure pour nous voir nous aimer sous son clair.
    Cette poésie nous captive par sa grande limpidité qui ne fait aucune concession à la facilité, elle assure sans relâche cet aller venir de l'immanence à la transcendance et son retour selon une posture joyeusement critique. De ce fait, on ne saurait souffrir que son auteur fût maintenu en attente d'une aire d'asile où les abriter: lui sa famille et son verbe poétique contre le silence, l'ignorance, dans la séparation avec tout un monde sensible si amoureusement appelé.

    Tenir en attente Alireza Rôshan, que nous connaissons à travers la subtile puissance de son écriture, c'est aussi nous retenir dans cette souffrance-impatience de la Rencontre en chair et présence avec celui dont le souffle poétique donne tout son sens à l'espoir d'un autre monde.

    Les ci-dessous signataires demandent donc instamment aux autorités responsables de prendre la décision d'accueillir en France Alireza Rôshan.
    Philippe Tancelin
    Poète Philosophe

    1-Pas le droit de travailler sinon comme ouvrier agricole non déclaré avec un salaire de 50 lires (6,50 euros parjour) en payant gaz, électricité, loyer et nourriture.
    Interdiction de sortir de la Zone déterminée par les Nations-Unies sans autorisation et laisser-passer de la police.
    2-Alireza Rôshan a reçu le premier Prix André Verdet du poète résistant en juin 2013 ( Trad. jean-Restom Nasser et Tayebeh Hashemi).
    Septembre 2012 un article sur son recueil "jusqu'à toi combien de poèmes" paraît dans Al-Hayat (quotidien de langue arabe).Publication de poèmes brefs par PO&PSY.

    Envoyer vos signatures : phtan1@orange.fr

     

    Nom Prénom Qualité                                     Mail
     


    TANCELIN Philippe (Professeur émérite Université Paris8) phtan1@orange.fr

     

    *TERLEMEZ Serpilekin Adeline (Docteur Poète Traductrice) serpilekinadeline@gmail.com

     

    *Türker-Terlemez Sevgi ( Ecrivaine Traductrice) sevgican.turker@gmail.com

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ce n'est pas simple d'être un poème palestinien en sa langue...sous le joug d'Israël

     

    Depuis des temps maudits, on sait hélas par une certaine « justice » en certaines terres ce qu'il en coûte non pas d'être une, un poète indifférencié pour la gloire d'une poésie sans visage mais d'habiter cette, ce poète d'une humaine histoire de la verticalité de l'être dans sa liberté.

     

    Si en nos temps de répression, il était encore besoin d'actualité, « la justice » israélienne vient d'en produire une par la condamnation à cinq mois de prison ferme de Dareen Tatour pour son poème « Résiste mon peuple, résiste-leur » écrit en 2015 à l'occasion des manifestations sur la place des mosquées puis enregistré par l'auteure et publié sur “youtube”.

     

    Bien sur c'est l'indignation et la révolte qu'un tel jugement peut et doit susciter chez toute personne soucieuse de liberté d'expression. C'est aussi l'odieux visage de « la justice » en l'état d’Israël qui se révèle à nouveau sous son caractère prétendument démocratique.

    A cet égard, il doit être fait appel à la responsabilité historique de celles et ceux qui depuis trop longtemps couvrent de leur silence la persécution des palestiniens, la criminalisation des moyens de résistance qu'ils déploient en vue de la libération de leur peuple.

     

    Si parmi ces moyens, la poésie figure en haute et glorieuse place autant grâce à ses poètes d'hier qu'à celles, ceux d'aujourd'hui, c'est parce que ces mêmes poètes ont engagé courageusement leur verbe dans un combat de libération... libération d'un peuple pour l'usage libre de sa langue, la poursuite de sa création culturelle-artistique.

     

    La sentence infâme qui vient de frapper la poésie à travers notre sœur Dareen Tatour ne manque pas de nous rappeler que ce n'est pas une forme symbolique plus ou moins abstraite de la poésie en soi qui est ainsi emprisonnée mais bien l'Histoire en sa qualité de poésie surgie d'une humanité insoumise, créatrice depuis tous les états de sa parole, de son écriture, de sa langue et de son choix de résister contre les atteintes liberticides.

     

    Ce n'est pas sur « un simple poème » comme d'aucuns voudraient le penser que l'injustice s'abat non plus qu'elle vise mortellement « un simple manifestant pacifique du retour »

    Les manifestants du droit au retour sont des poèmes vivants comme le poème « résiste mon peuple, résiste-leur » est le manifeste pour une respiration à hauteur de l'histoire qui nous transmet sans relâche le sens juste de la lutte pour vivre sans bourreau.

     

    Il n'est pas simple d'être un poème en temps de barbarie

    Il est difficile d'être poète dans son temps

    La poésie ne juge pas, elle inspire le réel

    Notre sœur-poète Dareen Tatour nous inspire le chemin d'une poésie

    radicalement pensée et écrite dans le combat du rêve présent

     

     

     

     

    Philippe Tancelin

    poète-philosophe

    8 août 2018

     

     

    Article Réfugies

     

    Dans une écriture cinématographique qui compte tenu du thème abordé, propose une image très pudique, « human flow » est un documentaire saisissant sur les flux migratoires à travers la planète terre.

    Les « réfugiés » auxquels nous préférons le terme « demandeurs d'asile » c'est à dire qui attendent de ceux à qui ils s'adressent protection et abri dignes d'une humanité responsable, sont présentés ici sans distinction des motifs économiques ou de guerre de leur exil. La considération au plan planétaire de ces flux migratoires ouvre un aperçu assez exhaustif du phénomène sous toutes les formes tragiques qui lui sont propres.

    La démarche d'enquête qui guide ce documentaire insiste sur les conditions ou le refus catégorique d'accueil des pays confrontés à des populations traquées et en errance.

    Ces conditions, malgré leurs différences quelquefois singulières, relèvent toutes de l'urgence certes mais n'en démontrent pas moins dans la majorité des cas, une grande négligence pour ne pas dire mépris des politiques des pays concernés. Ces attitudes vis à vis de populations désemparées confinent le plus souvent à l'indignité, à la cruauté, laissant entrevoir au témoin spectateur les plus sombres perspectives d'avenir pour ce qui concerne les réponses des pays nantis et pacifiés vis à vis de l'accroissement de ces flots d'humains frappant aux portes de l'occident.

    Certaines de ses perspectives étant déjà évidemment dessinées à travers les rassemblements concentrationnaires le long des frontières des pays, et les mesures policières dissuasives ou répressives prises pour les contenir...jusqu'à quand et sous quelles formes exacerbées contraires à tout contexte démocratique... ? C'est ce que ce film nous amène à nous demander.

     

    Réalisé selon l'esprit d'un constat de réalité qui ne néglige pas par instant le face à face de la caméra avec les victimes et les acteurs traditionnels de la première assistance (HCR, bénévoles souvent contrariés dans leur mission), ce documentaire procède souvent et heureusement d'une « esthétique du témoin »,en ce qu'est engagée la responsabilité éthique et politique de son regard et de sa présence aux choses.

    Philippe Tancelin

    Pourquoi ?Comment accueillir la poésie palestinienne contemporaine ?

    Texte par Philippe Tancelin Mars 2018

     

    https://uploads.strikinglycdn.com/files/f0737af3-b959-4004-a303-3c610c638998/Comment accueillir la poésie palestinienne contemporaine.pdf?id=106700

     

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    EFFRACTION 1

    lectures manifestations créations publications EFFRACTION

    Ce collectif s'est formé au début de l'année 2015. Face aux propos consensuels qui peuvent se tenir sur la culture les arts et la poésie que certains voudraient "sauveurs d’un monde chaotique", des poètes, des artistes originaires des cinq continents se sont réunis dans le souci de poser la question de la pertinence d’une parole poétique, artistique au coeur de la cité contemporaine. Ils cherchent à travers cette expérience collective à définir les termes de leur claire indépendance vis à vis des mouvements d'opinion issus du traitement singulier et souvent univoque que la puissance médiatique inflige aux événements, les plus anodins comme les plus graves.

    C'est dans cet esprit qu'ils ont pris le nom de "Collectif effraction" , (au sens littéral du terme) : tel un surgir avec force contre ce qui limite, clôture, interdit tout libre accès...

    Quelle autre langue plus débordante, commettant effraction dans les territoires dominants du verbe, que la poésie! Quelle urgence plus grande que d’écrire poétiquement notre monde, aujourd’hui en tous ses états…et de confronter cette écriture à la langue sécuritaire de plus en plus écrasante.

    Depuis une telle dynamique qui s’est développée au long de réunions régulières, les poètes et artistes ont conçu puis réalisé un premier ouvrage collectif intitulé ("Effraction1; s/s titre : "fragments et lambeaux"), dont on pourra lire ci-dessous des extraits de la préface :

     

    "Des femmes, des hommes sont montés de nos mémoires, contre nos oublis, ils sont apparus en cohortes de fragments surgis de l'antiquité de leurs dits, leurs écrits pour croiser les nôtres aujourd'hui et co-signer avec nous, cette belle « effraction » de la pensée dans le convenu des opinions- expressions que tisse au quotidien le discours médiatique sur l'actuel.

     

    Dès lors pas de prétention à révéler, vouloir éclairer, dévoiler les maux de ce jour, de notre époque, d'une période difficile et de détresse mais l'unique désir collectif et fragile de tenter d'accueillir à plusieurs ces signes de haute lucidité que nous adresse depuis la cité, l'humaine histoire contemporaine par ses actualités les plus subtiles comme les plus tonitruantes.

     

    Aux « fragments » des sages d'hier qui se sont élevés et ont retenti au long des siècles comme un lancer d'espoir en étonnante résonance avec notre actualité, succèdent ici nos « Lambeaux » comme autant d'arrachés de chair vivante à nos corps d'écritures. Ils se voudraient intègres

    et sans compromis avec les propos invariants qui scandent des événements parfois bouleversants. Ils s'offrent lueur d'espoir dans l'obscurité des augures de faux prophètes.

     

    Nous n'avons pas fait ici le choix de la quiète construction d'un discours autorisé qui se croirait averti du monde. Nous avons dressé le pari plus risqué de l'effraction de nos propres corpus d'opinion, de réflexion sous l'urgence de ce souffle du poème en sa quête de beauté par l'écrire, le dire, le chanter d'un monde autrement attendu et voulu…»

     

    … Que le lecteur déambule à sa guise à l'intérieur de chaque partie de ce recueil ou sursaute de l'une à l'autre, nous lui souhaitons heureuses rencontres à travers tous les temps et continents d'expression.

     

     

  • LE COLLECTIF II

    Publication

    Ce livre est composé de deux parties ,l'une regroupant de courtes citations d'auteurs de référence dans la mémoire de la dignité humaine, l'autre partie constituée de textes des poètes du collectif, soucieux de résonner avec cette mémoire, depuis une posture éhique-critique vis à vis du monde contemporain en ses actualités obscures.

    Le cours du collectif

    Réunions

     

    Le collectif se réunit une fois par mois dans des lieux différents, au gré des affinités naissantes.

    Il y débat de façon continue sur la place du poète dans la cité et réfléchit sur les modes d'interventions-créations-lectures les plus opératoires dans le contexte actuel de la présence et de l'acte poétique.

    Un compte rendu détaillé est rédigé à l'issue de chaque réunion

    Le prochain collectif se tiendra le 13 mars à Paris sur :

    les modalités de diffusion du livre,

    le devenir du collectif

    débat sur l « l'urgence du poétique dans la cité sous tous ses états »

     

    Propositions

    Chroniques des temps présents

    Il s'agit de textes non poétiques de réflexion, témoignage, opinion rédigés par les poètes au regard des événements du temps présent.

     

    Poèmes dans la citée

    Textes poétiques en rapport avec « les choses de la cité »

     

    Les imaginations collectives

    Propositions « déréalistes pragmatiques » d'intervention

    ou la révolte de se raisonner

  • Porteurs de Paroles II

     

     

    Poètes francophones pour une paix universelle.

    https://youtu.be/sHcITm_4c5o

     

    ***********************************

    29 -30 novembre 2016 Extraits de 24h de poésie pour la paix universelle à l'hôtel Istria 29 rue campagne première Paris 14 par Philippe Tancelin Pablo de Poblette Mario urbanet

      https://goo.gl/photos/QPDHvUZDJ3E8TnLZ6

     

     

     

     

      

  • Porteurs des Paroles IV

    Des "sacrifices humains" Jean-Pierre Bigeault (poète, psychanalyste)

    L'Information - la toute puissante information - ne fait pas que banaliser la guerre, omniprésente dans le monde, elle en justifie l'existence. C'est qu'en effet, de loin, celui qui regarde la guerre en tire cet apaisement paradoxal dont parle le poète latin, Lucrèce, dans son "De natura rerum" (De la nature) :
    "Qu'il est doux, en lieu sûr, de suivre dans les plaines les bataillons livrés aux chances des combats" (1).
    Que le malheur des uns fasse le bonheur des autres, n'est-ce pas ce qui ressort le plus souvent des enquêtes en la matière : être riche et heureux, c'est être plus riche que son voisin, devenu ainsi plus pauvre.
    Cependant les ressorts cachés de cette "douceur", acquise par l'effet d'une comparaison quelque peu banale, pourraient être plus cruels qu'il n'y paraît. S'agissant précisément de la guerre, la fascination qu'elle exerce par ses images dépasse largement la rêverie que laisse supposer le poète. Qu'il s'agisse aujourd'hui de l'impact de la télévision ou du cinéma, il est difficile de ne pas y voir la marque d'un voyeurisme plus ambigu. Certes, comme dans le sport, la concurrence et la rivalité s'y donnent à voir au -delà même des enjeux qui en sont la cause, mais la violence qui est au coeur du spectacle guerrier outrepasse clairement les limites d'un "jeu à règles" telles que celles qui régiraient un art martial digne de ce nom. La violence de la guerre inscrit dans la culture humaine une transgression radicale. Elle renverse l'ordre établi, poussant la vie jusqu'à une mort devenue par elle-même – et comme en raison du sang répandu – source de vie. La guerre à cet égard réalise ce que la raison demande à la folie d'atteindre par la passion. Elle vise d'une certaine façon ce qu'à moindre frais vise le désordre sexuel dans sa violence relative (2). La guerre est une orgie dont la destructivité ne manque pas de donner à voir la débauche des moyens qu'elle mobilise. On y crie comme dans une fête : "Viva la Muerte" (3). Ainsi le désir médiocre de dépasser "l'autre" se fait-il désir de dépasser la vie, tout en s'offrant la gloire d'un partage symbolique, tout à la fois mortifère et pré-paradisiaque. Non content de surmonter sa peur obstinément infantile (4) par l'exaltation sacrée de la vie jusqu'à la mort, le guerrier modèle peut espérer sinon la victoire, du moins l'ultime récompense d'une perte magiquement renversée. A ce titre, les héros – fussent-ils de deux camps opposés – sont frères : ils donnent à la mort agrandie sa valeur fantasmatique d'entrée dans l'immortalité (5).

    Le moindre patriotisme reprend d'ailleurs à la guerre son paradoxe essentiel : c'est par la destruction de l'autre comme, s'il le faut, par celle de soi, que sera reconstruite l'unité perdue. Car tel est le génie de la guerre : dans la mort, comme dans un creuset, elle refait de la vie. Elle parvient même à ce que l'ennemi, une fois tué, accède à la communauté d'un destin qui, de cimetière à cimetière, enveloppe les hommes d'un même linceul. Ainsi l'idéalisation de la guerre revient-elle en force à la fin, recouvrant les désirs moins glorieux qui l'ont portée.
    Vis à vis d'un tel objet, la passion du spectateur révèle, sous l'inavouable "douceur" dont parle Lucrèce, des sensations et des sentiments que leur refoulement fait la plupart du temps disparaître au profit d'un intérêt largement soutenu et cautionné par le principe même de l'information. Pour autant, les visages manquants des victimes laissent planer un doute. Une image en creux se dessine. La rationalité qui fait peu ou prou de la guerre une suite cohérente et significative s'entrouvre dans la conscience : une monstruosité apparait au loin, au fond de l'histoire humaine.
    Cette réalité plus trouble nous renvoie à l'idée que, comme dans les temps les plus anciens, notre humanité a besoin pour survivre de sacrifier des hommes à la vengeance inassouvie des dieux. Les "sacrifices humains" n'ont-ils pas ponctué l'histoire de nos civilisations ? Assister au spectacle d'une mise à mort (comme cela s'est fait longtemps chez nous et continue de se faire ailleurs) n'implique-t-il pas que les spectateurs donnent au supplicié une valeur sacrificielle qui lui revient en effet, étant donné les conditions dans lesquelles sa mort est mise en scène ! Une religion archaïque – plus ou moins revue et corrigée chez nous par le christianisme – serait-elle toujours à l'oeuvre dans nos guerres, si modernes soient-elles ?
    C'est en partant du récent massacre de Palestiniens de Gaza (102 morts, 3598 blessés) par des snipers de l'armée israëlienne que j'ai été amené à me poser cette question. Des tireurs épaulant et abattant un à un, comme des lapins ou des perdreaux offerts à leurs fusils, des humains de tous âges, et ceux-ci s'avançant vers la mort annoncée comme portés par une force déjà perçue dans son insuffisance, est-ce une guerre comme les autres ? N'est-ce pas la guerre dépouillée de ses ornements et rendue à sa fonction de leçon sacrificielle ? Car il se trouve aussi que ces questions se sont trouvées renforcées par une autre : à quel embarras auront répondu le long silence, puis la retenue des commentateurs, sans parler des responsables politiques après cet "incident" d'un genre particulier ? J'ai pensé que, le mécanisme psychologique s'ajoutant au calcul politico-diplomatique, ce qui avait fonctionné dans ce quasi non-dit relevait tout simplement du déni. Le déni d'une réalité la montre tout en la cachant ; il en éclaire l'obscurité par une sorte d'obscurité renforcée.
    Cette réflexion m'a d'abord ramené en arrière : à la dernière guerre et l'immédiate après-guerre. Le déni de la "solution finale" – comme je devais m'en rendre compte après coup – aura joué un rôle essentiel dans la véritable étendue du crime. L'accompagnant et, pour ainsi dire, le prolongeant, le silence n'a fait que confirmer le statut de ce qui appartient à l'innommable. Car il faut le dire et le redire ! au-delà même de ceux qui retenaient l'information, le monde savait à quel traitement étaient promise la population juive. La découverte des "camps de la mort" ne fît que lever le voile qui dissimulait une vérité déjà connue et même, pourrait-on dire, connue depuis toujours. Ce déni montre le crime dans sa véritable extension. Car, sous le déni, une autre réalité se révèle : l'abomination de la "solution finale" satisfaisait en sous-main un monde pulsionnel assez vaste pour que beaucoup y trouvent la plus ténébreuse des satisfactions. Voilà ce que disait le déni ! que la respectable culture allemande (sa philosophie comme son romantisme) ait retrouvé sous le crime les éléments enfouis de sa propre "part maudite" (6) n'aura pas empêché qu'une large partie de l'Europe – et singulièrement de la France bien équipée en matière d'anti sémitisme - y voie l'implacable retour du "châtiment des autres", cette partie gangrénée de soi qu'il faut bien sacrifier à sa propre rédemption. Les élites comme le peuple ne savent-ils pas ce qu'il en coûte d'être à la hauteur de leurs rêves ? Massacre des serpents sortis de son sein comme les restes d'une animalité peu flatteuse, n'est-ce pas la tâche répétitive d'une cité humaine en mal d'humanisation ? Car il n'est pas dit que s'épurer soi-même soit si simple ! On aura beau se réjouir que le peuple allemand – aiguillonné par ses historiens – ait fait, après le crime, un travail de conscientisation supposé valoir pour tout le monde, nous savons aujourd'hui que les tentacules psychologiques d'un "crime contre l'humanité" sont aussi multiples que souterraines, et organiquement mêlées aux racines de ce qu'on appelle "l'identité" (7). Nous-mêmes, Français, héritiers de la Révolution que nous savons, ne sommes-nous pas liés aux effroyables excès des liquidations qui firent le lit sanglant de nos valeurs républicaines ? Au risque de rapprocher des faits à bien des égards différents, il importe sans doute de souligner à quel point l'horreur satisfait, jusqu'au coeur du déni, l'inavouable désir de faire payer à d'autres le prix de notre origine et de sa pureté retrouvée.

    Sur cette ligne, j'en arrive à me demander si Israël (comme tant d’autres nations !) pourrait survivre à une paix qui mettrait le pays devant ses contradictions les plus intimes. Car quelle identité peut-elle exister durablement dans un patchwork à la fois si riche et si fragile, si ce n'est celle qui se nourrit – comme le dit si bien notre Marseillaise – de l'épanchement d'un "sang impur" ? Ce nécessaire "sacrifice humain" ne peut être dit comme tel, mais il semble bien confusément reconnu pour ce qu'il est, dès lors que sa répétition interminable est acceptée par tout le monde. Tout se passe en effet comme si, quelque condamnation officielle qu'on en fasse depuis si longtemps, il fallait en passer par là comme par une origine toujours à refaire. Le sacrifice humain remet du sang dans le circuit. Qu'on le justifie par l'exigence toujours répétée d'auto protection ne change rien à l'affaire : une société dont la fondation politique laisse planer le moindre doute a besoin non seulement d'un ennemi commun mais d’un ennemi quasi personnel : la victime plus ou moins fraternelle dont chacun peut se défaire comme de son ombre dans le feu du sacrifice. Et c'est ainsi que le travail des snipers répond à la nécessité non dite de donner la mort à autant de "chacun des autres" que l'exige en fin de compte le grand symbole sacrificiel. Dans une époque où les guerres ne semblent faire de victimes que confondues par leur masse avec l'ensemble des ruines, le sacrifice revient ainsi... "par la bande". Il arrive un moment où les bourreaux doivent pouvoir se regarder – fût-ce à bonne distance – dans les yeux de ceux qu’ils tuent. Les guerres sont émaillées de ces confrontations effroyablement "plus humaines".
    Cependant le "sacrifice humain" peut prendre, on le sait, de tout autres proportions.
    Son caractère innommable ne l'en prédestine pas moins à la dénégation voire au déni.
    Les sacrifices d'Hiroschima et de Nagasaki n'ont-ils pas disparu devant la victoire finale comme la Croix du Crucifié sous le dôme doré d'une basilique triomphante ? On a justifié le crime atomique en parlant d'un message adressé à l'URSS. Cette rationalisation n'a pas effacé la monstruosité d'une action qui a fait de la guerre une apocalypse sans nom. Les victimes n'auront sans doute été que celles d'un sacrifice où le sadisme ordinaire s'est offert la chance d'une sublimation métaphysique. La matière et ses atomes retournés contre l'homme, n'est-ce pas le rêve démiurgique d'une transmutation : la dimension mortifère se perd dans la flambée surnaturelle d'une vie projetée au-dessus du monde sous la forme d'un nébuleux champignon – ou Dieu-fantôme ! La victoire de la science sert ici, qu'on l'ait voulu ou non, la diabolique richesse d'un inconscient collectif, religieux jusque dans sa visée alchimique. C'est que l'humanité reste en quête du sacrifice qui – reprenant à sa façon le châtiment premier (l'exclusion du Paradis) – la fonderait enfin, ainsi nettoyée de sa faute originelle.
    A travers l'image élargie de la "solution atomique" on voit ainsi "le sacrifice humain" dans sa perfection de crime non seulement total mais rituel. Sa folie n'est d'ailleurs que l'épanouissement d'une rationalité dûment reconnue et dont la fleur voile un instant – un instant interminable – le soleil même de la vie. On est loin du bricolage pseudo-industriel de la "solution finale". On est loin du tir au pigeon dans la bande de Gaza. Cependant, comme à Hiroschima et Nagasaki, les victimes des Camps et celles de Gaza sont vitre escamotées, telles les images d'un mauvais rêve. C'est dire si leur signification nous parle !

    Je me souviens qu'à la fin de la dernière guerre les déportés revenus de "là-bas" eurent tôt fait de disparaître à notre vue malgré les rayures de leurs costumes. On ne voulait pas les voir. Ils faisaient peur. Car ils étaient non seulement nos blessures mais les mains multiples du malheur qui les avaient réduits à n'être plus que des ombres. Chez nous aussi l'idée d'une purification par les sacrifices (des Juifs, des Tziganes, des homosexuels, des communistes, des résistants…) avait eu son heure, et même davantage. En rendant invisibles les victimes, il s'agissait de dissiper les haines où avaient mûri les crimes supposés rédempteurs. Haine des autres, haine de soi à ce point mêlées que le sacrifice des victimes s'y déclassait en règlements de comptes, voire – sans qu'on osât le dire – en désordres dont les responsabilités ne pouvaient qu’être partagées. La dimension religieuse des sacrifices humains ainsi évacuée, la guerre redevenait ce qu'il fallait qu'elle fût : un conflit, dont, comme "la grande, celle de 14-18", on démêlerait les causes. Par pertes et profits on passerait les bavures, voire, comme il serait dit plus tard, les "détails"... tout ce qui, précisément dans la guerre, excède la guerre et relève d'une folie autrement significative.

    Revenir en arrière du côté de l'histoire pour souligner ce que sa force explicative risque d'évacuer peu à peu de la réalité ne peut que nous inviter à regarder le présent à travers les dénis qui s'y fabriquent. Ainsi les violences d'aujourd'hui recouvrent-elles des non-dits et des impensés qui traversent les générations. La "radicalisation" a des causes plus ou moins immédiates mais des origines et des buts qui, d'une certaine façon, la dépassent. Elle s'alimente de tout ce qui, dans le monde, ressortit à une incertitude identitaire quasi constitutive de l'être humain, et tout autant de ses sociétés. Qu'il soit explicitement religieux ou non, le sacrifice de l'autre – et souvent de soi – est appelé à la rescousse de l'homme égaré. Un déficit originaire poursuit l'homme "cet animal dénaturé" (8). Si l'éducation, trop vite aspirée par l'idée néo-religieuse d'une science salvatrice, ne prend pas en compte cette nécessité de ré-originer l'homme dans une meilleure "connaissance de soi", l'ignorance organisée des pulsions à l'oeuvre conduit inexorablement à ces traitements magiques de la guerre sacrificielle. En même temps, faut-il rappeler que la paix – dont l'Europe se glorifie un peu vite – n'assure pas par elle-même la prise de conscience et la culture d'humanité dont relève la terre assez ingrate de l'homme. Quant à l'économie, si importante soit-elle, elle ne comble pas le vide. Humaniser l'homme n'est pas davantage une affaire technologique. Ne s'en remettre ni aux dieux, ni aux robots pourrait bien être l'urgence. Et c'est à quoi nous invite, me semble-t-il, la tentation d'éliminer la violence comme une sorte de phénomène parasitaire, alors qu'elle fait partie intégrante d'une maladie qui nous est pour ainsi dire congénitale. Il faut inlassablement soigner le mal "à sa racine", c'est à dire aussi en s'attaquant au déni qui y participe. Nous ne pouvons fermer les yeux sur notre complicité avec les sacrificateurs, fussent-ils, comme on les voit, enveloppés des chasubles de la justice, voire, comme autrefois, de la charité. Il s'agit donc bien d'en finir avec la vision d'un progrès aussi factice et improductif que l'injonction morale usée jusqu'à la corde. Comme l'Oedipe de Thèbes, il nous faut d'abord nous regarder en face, suivant en cela les conseils du vieux devin Tirésias. Ce ne sont pas les merveilles où nous fait entrer la connaissance de l’appareil cérébral qui nous épargneront d'apprendre à en faire un meilleur usage, par-delà les ruses de l'auto satisfaction et du déni. Alors peut-être saurons-nous nous passer des sacrifices humains sur lesquels notre humanité tente si odieusement de fonder son être fragile. Seule l'éducation – une éducation rebâtie sur le soin de l'humanité elle-même – peut nous permettre de remettre à leur place les fantômes dont nous espérons nous débarrasser en les sacrifiant à travers d'autres hommes.
    Alors que "la montée des périls" laisse entrevoir, au milieu des violences les plus ordinaires, les visages de tant de victimes sacrifiées aux dieux du non-dit, n'est-il pas temps d'en finir avec l'aliénation du déni et ses cauchemars enveloppés de douceur ?

    Il est trop facile d'accuser l'infantilisme des tueurs. Notre haine de l'autre a de si profondes racines en nous qu'elle ne nous sert qu'à dissimuler son objet : c'est nous que dévore l'insatisfaction de n'être que ce que nous sommes. Des romantismes, usés jusqu'à montrer leurs grosses ficelles, nous prennent chaque jour dans leurs filets. Ils viennent de tous ces prêtres attelés à nous sauver du pêché dont ils nous accablent en nous révélant à tous les coins de rue notre "manque". Une consommation de compléments et de substituts tout aussi moraux que faussement pratico-pratiques nous prend en charge, et c'est de ce nourrissage ajouté que nous apprenons ce qui nous faisait défaut depuis toujours, depuis le Paradis perdu ! Il n'y a certes pas lieu de cultiver l'arrogance des vainqueurs dans un monde où les conquêtes se font trop souvent contre la nature et contre l'homme. Le culte des héros dont la légende dorée fait rêver les peuples nous trompe tout autant que celui des saints, élevés toujours plus haut qu'ils ne l'auraient voulu. Assez de bruit autour des victoires, puisque ce que nous avons à gagner n'est pas tant un combat qu'un accord, une adhésion avec ce que nous sommes !
    Il n'est pas vrai que la générosité procède d'un "dépassement de soi" ; elle se tisse avec l'égoïsme de bon aloi, dans sa rusticité. L'autodafé de nos mauvaises pensées a donné les résultats que l'on sait dans plusieurs confréries spécialisées. C'est que nos démons sont nos frères. La haine elle-même fait partie de notre condition, y compris chez les meilleurs d'entre nous. Et la bonté n'est qu'une haine retournée, lumière pleine de nuit ! Comme Rodin, arrachant à la pierre-mère le visage qui en est le sourire, il nous revient de rapporter la vie à la matière qui la porte et en constitue à chaque instant la force. La vérité de la matière humaine se retourne contre nous, si nous la déjugeons par nos prétentions. Notre salut est dans nos mains et il n'est pas vrai que les outils appartiennent aux sauveurs qui, pour notre bien, pensent à notre place. Le dessaisissement de soi aboutit à cette perte d'estime qui mène à la haine de l'autre. Et c'est ainsi que les sacrifices humains célébrent des servitudes qui s'ignorent elles-mêmes, emportées avec les victimes qui les recouvrent un instant du pauvre pouvoir qu'elles ont donné à leur sacrificateur.
    Pour avoir vécu dans ma jeunesse au milieu des gens dits "de peu" ou même "de rien" – et en particulier pendant la guerre – j'ai vu que l'esprit, en tant que lumière éclairant le soi, y était souvent plus vif que chez les penseurs de service. La haine ordinaire se traitait à minima dans des querelles de clocher et, comme, pour le reste, il fallait bien se rendre service, en s'entraidant sans en faire un plat. La vraie vie n'est pas spectaculaire. L'amour des autres se glisse dans l'intérêt comme un ruisseau entre les branchages et les éboulements d'un vieux fossé. Il s'agit d'admettre que l'idéal est dans le ruisseau ; de se reconnaître à travers lui pour ce que les marchands de valeurs supérieures ne voient même pas dans l'eau trouble des petites espérances. Car ces visionnaires et autres assistants au grand coeur regardent trop haut et trop loin.
    Pour les gens dont je parle, les nobles figures qu'on leur donnait à voir en compensation du malheur qu’étaient alors la Défaite et l'Occupation n'entamaient pas cette conscience de soi paysanne qui allie la modestie à la ruse. Les cérémonies guerrières qui appellent à mettre l'homme devant la mort hypostasiée les renvoyaient au spectacle religieux dont la vie s'accommodait comme de certains excès de la nature. Mais leur philosophie les tenait à l'intérieur d'une pensée plus proche du corps et de son destin connu. Ils savaient que la mort y avait sa place. A ce titre, l'idée qu'ils avaient de leur "soi caché" n'était pas aspirée par le sentiment d'une perte annoncée. Le gain et la perte allaient ensemble dans la vie. Le doute de soi n'avait pas lieu de se dramatiser en haine de soi. Alors on pouvait vivre à la frontière de la joie et de la peine selon un ordre humain que le divin ne bousculait pas outre mesure...
    Une certaine leçon de la Grèce antique mériterait d'être réentendue par ces temps sombres où les machines s'emballent jusqu'à nous faire confondre leur pouvoir avec cette frêle sagesse, ironique et tendre dont nous avons besoin.
    ***

     

    (1) Lucrèce, De natura rerum - trad. André Lefèvre - Société d'éditions littéraires - Paris 1889.

    (2) Cf. Christian David L'état amoureux - Payot 2001.

    (3) Le cri de ralliement franquiste pendant la guerre d'Espagne.

    (4) Les études sur le comportement des marines américains durant la guerre de Corée ont montré cette "fragilité" des héros.

    (5) Bien qu'il ne soit pat un "fou de Dieu" radicalisé, on pense à Charles Peguy et à son désir de dépassement auto-sacrificiel.

    (6) Pour reprendre l'expression de Georges Bataille.

    (7) Le retour des fascismes voire des nazismes et autres radicalismes ne le montre-t-il pas assez ?

    (8) Pour reprendre l’expression du romancier Vercors.

     

     

  • Poètes du Collectif EFFRACTION et leur

    Univers

    Photos et Présentations des Poètes du Collectif EFFRACTION

    en quelques lignes

     

    Philippe Tancelin

    est poète et philosophe, professeur émérite de Philosophie esthétique de l'Université Paris8.

     

    Fondateur avec Geneviève Clancy et Jean-Pierre Faye du CICEP ( Centre International de Créations d'Espaces Poétiques), auteur d'une trentaine d'ouvrages de réflexion esthétique et de recueils de poésie.

    Directeur de Collections de Poésie aux éditions l'harmattan,

     

    il anime des ateliers de création poétique et est traduit dans une dizaine de languesDerniers ouvrages aux éditions l'harmattan: "Poéthique de l'urgence",(2012) "l'ivre traversée de clair et d'ombre"(2013) , "Seuils"(2014) et aux éditions du CICEP: "Au large de l'éphémère" 2014"cet insoupçonné levant ed. L'harmattan 2015 / A fleur de clarté. Ed Unicité

     

      José MUCHNIK  Poète et anthropologue, né en Argentine dans une quincaillerie du quartier de Boedo de la ville du Buenos Aires, quartier où ses parents, immigrants russes dans ces terres, avaient jeté l’ancre. Docteur de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris, spécialisé dans l’étude des cultures alimentaires. Membre fondateur du groupe « Traversées Poétiques », correspondant du journal « Generación Abierta » à Paris, membre du comité de lecture de la revue « Souffles ». Il a publié des nombreux ouvrages de poésie, parmi eux : « 100 Ans de Liberté et Coca Cola », éd. L’Harmattan France ; « Amazonie j’ai vu », éd. Bilingue (espagnol-français), éd. Louma, Montpellier ; « Calendrier poétique 2000 », éd. Octares Toulouse ; « Le Grain, le cœur et le mot », Anthologie de poésie africaine sur les nourritures, éd. Feu de Brousse-Sénégal / Cirad-France ; « Traversées Poétiques, poètes argentins d’aujourd’hui », compilation, éd. bilingue L’Harmattan France, « Critique poétique de la raison mathématique », éd. bilingue L’Harmattan France ; Sefikill : « Serial financial killers, palabras para el nuevo milenio », éd (en espagnol) CICCUS, Argentine ; « Josecito de la ferretería », éd (en espagnol) CICCUS, Argentine 

     

     

    Caractère réciproque

     

    Si b égal c

    c n’est jamais égal à b

     

    Rien n’est réciproque

     

    Si pluie égal vie

    Si oiseau égal tendresse

    Si couteau égal haine

     

    Pas de chemin de retour

     

    La haine ne revient pas au couteau

    Ni l’oiseau à son vol

    Ni la vie aux martyrs

     

    Rien de réciproque

    tout asymétrique

     

    Mon visage dans le miroir

    n’est pas mon visage

     

    Ce regard fugitif

    ne reflète pas mes prunelles

     

    Ces lèvres étui

    n’abritent pas ma voix

     

    Ces rides simili cuir

    traduisent d’autres douleurs

     

    Ma main dans le lac

    n’est pas ma main

     

    J’ignore où elle plonge

    ni pourquoi elle se mouille

    si elle cherche un désir

    un éventail papillon

    ou des rêves enfouis

    dans le lit du fleuve

     

    La clé dans l’œil

    n’est ni ma clé

    ni mon œil

     

    Rien de réciproque

    tout asymétrique

     

    Les exceptions existent

    je crois aux miracles

     

    Lorsque regard égal amour

    vies retournent aux sources

     

    José Muchnik

    (extrait de « Critique poétique de la raison mathématique, ed. L’Harmattan )

     

    Traduction de l’espagnol (argentine): Sara Yamila Muchnik, Yann Henaff

     

    * Dominque Vital

                 

    Á toi

    Je m’amuse de vivre

    Je m’amuse d’être

     

    Et le temps

    blanchit mes illusions

    et mes rêves de toujours

     

    Et toi

    que j’aime, que j’aime

    et que le vent m’emporte

    dans notre amour,

    dans notre silence.

     

    Je m’amuse d’être libre

    et avec toi toujours.

     

    L’art nous berce

    et l amour nous rassemble

    et promène

     

    Je m’use de me ressembler

    sinon de rassembler.

     

    Je m’use de n’être que moi,

    avec nous en plus.

     

    Je m’use de vivre.

     

    Dominque Vital

     

     

     

     

    Jean-Claude PIERRE

     

    "Né en 1944, ancien professeur de Lettres, j'ai déjà publié chez L'Harmattan.

     

    10 recueils dont le dernier " A propos du nombre d'or, enquête dans un cercle d'intimes", en mars de cette année. Je vis la moitié de l'année, aux temps chauds, en Grèce qui est ma patrie d'adoption.

    Cette terre d'élection est une source d'inspiration importante, mais l'assassinat de mon père par les nazis le 3 mai 1945, et l'histoire personnelle de ma mère, chassée d'Italie par le fascisme, représentent pour moi des pôles constants de mon écriture. Sous le soleil éclatant de l'été, la tragédie n'est jamais loin, et ce ne sont pas les Grecs qui me contrediront."

    L’an prochain…

    parJean-Claude PIERRE

    https://uploads.strikinglycdn.com/files/c2cc56d6-3e52-4e93-b102-f4691034ea68/-1920592656.doc?id=62267

    José Vala

    Porteurs de Voix...

     

    Porteurs de voix

    Conteurs de l'ambre fontaine

     

    Tisserands du point de croix

    Sur le fil de l'âme terrienne...

     

    Porteurs de croix

    Forgerons de brèves flammes

    Sur le brasier entrelacs

    D'une étincelle pyromane...

     

    Ils chantent l'urgence

    Sans armes, à nues mains

    En lettres d'absence

    Sur les murs d'incertain...

     

    Porteurs de voix

    Trouvères à l'aube des mots

    Arlequins au fil d'émois

    Sur la danse vive de l'écho...

    2

    Porteurs d'émois

    Funambules de l'in-écrit

    Sur les pages des sans voix

    Aux lignes offensées d'interdit...

     

    Ils gravent l'urgence

    En fragrances délits

    De mots résistance

    Sur les murs insoumis :

    Polychromes transes

    Dithyrambiques cris...

     

    José Vala

    jeudi, 30 juin 2016

     

     

     

     

     

    Libertà per tutti (Amnistia)...

     

    Frères, amis, forces en lutte,

    L'aube, sans fin, arme la sève

    De la terre épandue de chants

    A la gloire de la Testa Mora...

     

    Libertà, libertà

    Libertà per tutti...

     

    Forces vives refusant le joug,

    Frères de notre amie Liberté,

    Résistons à la force brute

    Qui en ses fers veut vous bâillonner...

     

    Sentinelles de fraternité,

    Militants de la juste cause

    L'exil en prison a trop duré

    Votre libération s'impose...

     

    Libertà, libertà

    Libertà per tutti... i prighjuneri...

     

     

    José Vala

    Alter écho...

     

    Aux gardiens du temple décrépi,

    Maraudeurs de feu l'humanité

    Aux seigneurs féodaux du profit

    J'adresse mon chant de traversées...

    Ecris-moi, écris-moi

    L'âme séculaire du sang

    Ecris-moi, écris-moi

    Un arbre de vie hors du temps...

    Aux serpents de terres sans lune

    Enchanteurs de l'esprit nudité

    Aux faucons ailés de rancune

    Je lance mes salves déclarées..

    Ecris-moi, écris-moi

    A l'encre du livre jetée

    Ecris-moi, écris-moi

    L'histoire du lieu vérité

    Aux sirènes grimées en limaces

    Rampant leur bave sur des ruines

    Aux maîtres laquais de rapaces

    Je plante mes silex d'épines...

    Ecris-moi, écris-moi

    Les songes d'un lac arc en ciel

    Ecris-moi, écris-moi

    Des torrents aux brumes de sel...

    Aux marcheurs de luttes désarmées

    Guerriers à la solde de l'humain

    Aux porteurs du drapeau liberté

    Je lance les œillets d'un matin...

    Ecris-moi, écris-moi

    Les griffes délivrées du sang

    Ecris-moi, écris-moi

    La douleur de l'arme serment...

     

    Ecris-moi, écris-moi

    Un éclair de folie sans fin

    Ecris-moi, écris-moi

    L'orage en salves d'airain...

     

    Ecris-moi, écris-moi

    Un monde libre frontière

    Ecris-moi, écris-moi

    Les luttes de l'Île-mère...

     

     

    José Vala

    samedi 30 juillet 2016

     

    Lacrima Blues...

     

    Une marée, noyée dans la nasse,

    Un slogan lancé, mots en tir tendu,

    Une éruption gazée, dans l'impasse...

    Et le peuple qui impose sa rue...

     

    CRS... CRS...

    Colonie Répressive et Sauvage,

    Quand l'air se met à la bourrasque,

    Que les pavés sonnent l'orage,

    Lève ta visière et brise ton casque...

     

    Un pavé d'essence en combustion,

    Une course entredéchirée de cris,

    Un idéal matraqué, en fusion,

    Et le peuple qui embrase la Vie...

     

    Une vague, césure en suspension,

    Poings érigés, canons libertaires,

    Le flot humain de danses translation

    Habite l'arme de sa colère...

     

    CRS... CRS...

    Colonie Répressive et Sauvage,

    Quand l'air se met à la bourrasque,

    Que le pouvoir t'incite au carnage,

    Déserte ce corps de lugubres masques...

     

    La rage au bout des projectiles

    En tête du fleuve d'in-espoir

    Les mouvements en syncopes d'argile

    Résisteront aux laquais du pouvoir...

     

    Et leur larmes se fondront en acier

    Leur rage en millions d'arquebuses

    Leurs flèches auront l'éternité

    Des pierres que le sang transfuse...

     

    vendredi 6 mai 2016

    mercredi, 24 août 2016

    * Serpilekin Adeline Terlemez,

    écrivaine, traductrice, docteur en esthétique, science et technologie des arts, spécialité théâtre de Samuel Beckett - Université Paris 8, membre du CICEP, a fait sa maîtrise sur le théâtre de marionnettes, Relation marionnettes–marionnettiste, dans le département de théâtre de l’université d’Ankara. Ses activités se concentrent autour de la rencontre des langues et des cultures au sein de la poésie et du théâtre. Elle est l’auteur de : Le théâtre innommable de Samuel Beckett, L’Harmattan 2012 ; Mon ombre et moi, L’Harmattan 2013, Âmes du cosmos, L’Harmattan 2015.

     

    Âmes du cosmos


    Le cosmos est composé des opposés dans sa totalité,
    Il se trouve soumis au changement de l'un qui donne l'autre. Le cosmos où l’âme est en mouvement
    n’est pas limité
    dans son immortalité. Le cosmos où l’âme se croit triste
    n’est pas hospitalier
    dans sa férocité.
    Le cosmos où l’âme erre sans espoir
    n’est pas avenant
    dans sa rugosité.
    Le cosmos où le corps n’a pas de sentiment
    demeure sans âme
    et l’âme sans le corps cherche ses sensations.
    Tout change dans l’univers sauf le changement
    et encore le dépaysement,
    le bouleversement,
    le déracinement,
    le déchirement,
    l’empêchement.
    Dans son immortalité, le cosmos donne la mortalité aux enfants, aux âmes innocentes, aux âmes inoffensives, aux âmes heureuses, aux âmes amoureuses, aux âmes merveilleuses, aux âmes généreuses, aux âmes immortelles.
    Dans sa totalité, le cosmos est composé des opposés,
    il se trouve soumis au changement de l'un qui donne l'autre :

    la naissance donne la mort tout comme la guerre.
    L’ âme mortelle du cosmos se révolte dans sa conviction immortelle.
    Tout change dans le cosmos sauf le changement :
    l’arbre coupé ne tombe pas
    l’amoureux blessé ne pleure pas le coeur en flamme ne brûle pas
    l’humanité atteinte dans sa dignité ne s’éteint pas
    l’âme en détresse ne meurt pas.
    Les âmes du cosmos se mobilisent,
    marchent ensemble,
    les âmes du cosmos se réunissent,
    se donnent la main,
    se donnent le coeur,
    les âmes mortelles du cosmos se révoltent contre l’injustice immortelle.
    Tout change dans le cosmos sauf le changement :
    l’arbre coupé ne tombe pas
    l’amoureux blessé ne pleure pas…
    L’âme défaite ne cède pas.
    L’âme du cosmos résiste…

  • Poètes du Collectif EFFRACTION et leur Univers II 

    Norberto Silva Itza, Dos lugares para no vivir exiliado/Due luoghi per non vivere esiliato, Nouvelle édition, Roma, Grecam, 2018 (en cours d’impression).


    Un día uno decide
    que la vida va vivida.
    Deja colgado
    un traje antiguo
    y parte desnudo
    hacia el horizonte.

    Un giorno uno decide
    che la vita va vissuta.
    Lascia appeso
    un abito antico
    e parte nudo
    verso l’orizzonte.

    ****
    OSILO

    Suben y bajan,
    se mueven con el viento
    las calles de Osilo.
    Una historia
    construída de piedras
    las acuna
    y deja fluir sus mujeres
    vestidas de negro
    apareciendo y desapareciendo
    entre sus esquinas.
    Son pájaros,
    hojas otoñales,
    son luces y sombras.
    Tienen manos
    donde esconden
    los secretos de los hilos,
    bordan y entrelazan
    vidas y pasiones en sus tapices.
    Cuelgan algunos
    de sus balcones,
    otros los dejan caer
    entre los muros descoloridos
    de sus casas.
    Conservan secretos,
    las mujeres de Osilo
    ellos son su alimento.

    OSILO

    Salgono e scendono,
    si muovono nel vento
    le strade di Osilo.
    Una storia
    costruita di pietre
    li culla
    e lascia fluire le loro donne
    vestite in nero
    apparendo e sparendo
    tra tutti gli angoli.
    Sono uccelli,
    foglie di autunno,
    sono luce e ombre.
    Loro hanno mani
    che nascondono
    i segreti dei fili.
    Ricamano e intrecciano
    vite e passioni negli arazzi.
    Ne appendono qualcuno
    dai loro balconi,
    altri li lasciano cadere
    tra i muri scoloriti
    delle proprie case.
    Conservano segreti,
    le donne di Osilo,
    sono il loro alimento.

    ***

    A Joan Flores


    ENCUENTRO EN LIMA

    El día menos pensado – me dije –
    me canso de ser sudamericano
    ciudadano de cuarto orden
    caminando entre estas grises casas
    “art nouveau”
    y faroles de la post guerra,
    compro un billete de vuelo
    entre las nubes
    y parto a reclamar mi historia.
    Así haciendo
    logré pasar aduanas,
    inútiles sonrisas
    y salí hacia el cielo
    a velocidad desacostumbrada.
    En menos que dos
    cambió la tierra en cielo
    y un desorden diferente
    transformó la espera.
    Se alejaron detrás de mí,
    parques dibujados,
    calles recorridas,
    delante ya veía un no sé qué
    y soñando escuché canciones
    y juegos de niños
    volando come gorriones.
    Ceibos-soles-vientos
    y flores de jacarandá
    un sauce rumoroso decía:
    “Aquí naciste
    Aquí viviste.
    Yo te ví”.
    Y fuí en verano en aquel invierno.
    Para acogerme
    se abrieron los desiertos,
    las montañas
    los árboles perfumados.
    Toqué tierra con mis pies,
    con mis manos,
    comí como fruta
    el aire de mi terruño.
    Ya no tuve miedo
    sólo confusión
    y en la confusión entre todos
    ví tu rostro,
    que temerosa
    entre la gente me buscabas.
    Me reconociste.
    Te reconocí
    y comenzamos a contarnos
    como si ayer fuera ayer
    y no veinte años atrás.

    A Joan Flores
    INCONTRO A LIMA

    Il giorno più impensato -mi dissi-
    mi stancherò di essere sudamericano
    cittadino di quart’ordine
    vagante tra le grigie case
    “art nouveau”
    e lampioni del dopoguerra,
    comprerò un biglietto per volare
    tra le nubi
    e partirò per reclamare la mia storia.
    E così passai
    dogane,
    inutili sorrisi
    e andai verso il cielo
    a velocità non conosciuta.
    In un momento
    la terra divenne cielo
    e un disordine diverso
    trasformò l’attesa.
    Si allontanarono dietro di me
    giardini disegnati,
    strade percorse,
    davanti non vedendo nulla
    già sognavo
    e nel sogno ascoltai canzoni
    e giochi di bambini
    che volavano come passeri.
    Ceibos- soli- venti
    fiori di jacaranda
    un salice rumoroso diceva:
    “Sei nato qui.
    Sei vissuto qui.
    Io ti ho visto”.
    E andai nell’estate quell’inverno.
    Per accogliermi
    si aprirono i deserti,
    le montagne,
    gli alberi profumati.
    Toccai terra con i piedi,
    con le mani,
    mangiai come un frutto
    l’aria della mia terra.
    Non ebbi più paura
    solo confusione
    e nella confusione
    scorsi il tuo volto,
    che timorosa
    mi cercavi tra la gente.
    Mi ri-conoscesti.
    Ti ri-conobbi
    e cominciammo a raccontarci
    come se ieri fosse ieri
    e non venti anni indietro.
     

  • ÉDITEUR

    Chronique du Temps Présent

    Cette rubrique vous est ouverte à toutes et à tous qui par la voie du poème, entendez faire entendre dans la cité, la voix humaine du refus du mépris, de l'iniquité, de la marginalisation, précarisation, expulsion qu'impose à travers le monde, l'univers des nantis. La cité nous doit d'exister comme espace de libertés, nous devons à la cité de nous exprimer dans l'urgence du maintien de ces libertés. Lorsque la langue de communication n'est plus qu'une langue d'ordre et de soumission aux places financières de la parole et à la marchandisation de la création, il faut inventer une autre langue, un autrement parler, un autrement écrire, étrangers, pour un autrement penser la vie, son quotidien. La langue poétique peut être cette langue étrangère dans chaque langue afin que s'écoute, se lise, se vive une autre existence plus attentive et soigneuse de l'Être. Le poème est notre peuple dont l'appartenance de tous à lui, est la chance d'une société autre, en devenir, grâce à l'allégresse d'un pas à pas utopique-critique que nous ferons ensemble Poètes témoigne du refus éthique de se résigner à une certaine obscénité du cours mondialisé de l'histoire....Ce témoignage est l'œuvre du poème que nous écrirons sans fin Pour une chronique du temps présent“ A propos de manifestations culturelles artistiques de soutien aux peuples en lutte. Par les temps d’inquiétude et de cruelle injustice que traversent des peuples entiers en proie au cynisme des puissances d’argent, aux desseins criminels de colonialismes de tous poils, à l’impunité des inquisitions du libéralisme, comme il est pénible et souvent douloureux de voir

    Détournées et récupérées les manifestations du beau de justes causes. C’est ce dont nous avons été témoins ces temps derniers à travers des initiatives affichant leur soutien à des artistes palestiniens, syriens, grecs en lutte pour la sensibilisation aux souffrances vécues par leur peuple.

  • Chronique du Temps Présent

     

    Aux Universitaires de Turquie

     

    A l'heure où nous apprenons la radiation en Turquie de près de quatre mille universitaires et en particulier de nos collègues des enseignements artistiques de l'Université d'Ankara, nous tenons à exprimer à tous notre profonde indignation et notre solidarité devant l'arbitraire qui les frappe honteusement.

    Notre pensée va vers vous. Elle est autant chargée de compassion que d'espoir en d'autres jours prochains, grâce auxquels vous saurez recouvrer les libertés fondamentales de pensée et d'expression propres à vos qualités de femmes et d'hommes, héritiers d'une grande culture et promoteurs de valeurs intellectuelles et morales, indispensables au devenir de l'intelligence humaine contemporaine.

    Pour avoir à une époque récente, accueilli personnellement dans mon université, nombre de vos étudiants venus des départements d'enseignements artistiques, j'ai pu prendre toute la mesure de la dimension pédagogique d'ouverture au monde et ses cultures que vous aviez su leur proposer et combien de jeunes qui avaient suivi vos enseignements à Ankara et dans d'autres universités de votre pays, étaient alors les mieux disposés au déploiement d'une relation originale et riche entre leurs propres sources culturelles et celles de l'Europe.

    L'université que vous avez servie par vos enseignements et vos recherches s'est ainsi placée au rang de docte membre de la communauté internationale de la recherche.

     

    Les terribles moments que vous traversez et qui voient votre intégrité autant que votre légitimité, bafouées, nous concernent tous et nous affectent gravement.

    Nous sommes de tout cœur à vos côtés et joignons notre voix à la vôtre pour exiger au nom de la liberté de la communauté humaine d'intelligence et de création, votre réintégration dans les fonctions pédagogiques et de recherche qui vous étaient confiées.

     

    Bien fraternellement

     

    Philippe TANCELIN

    Poète-Philosophe

    Professeur émérite d'Esthétique du théâtre

    (ancien Directeur du Département Théâtre)

    de l'Université de Paris8

    10 février 2017

    ********************************************

    A l'actuel...

    Nous avons besoin de beauté
    de soleil pénétré des clartés intérieures
    d'une liaison en toute simplicité avec le juste
    de présence à visage d'éternité
    d'une saison d'absolu

     
    Nous exigeons du regard posé sur les choses
    qu'il aborde leur infranchi
    que le sens accompli des vérités
    tremble à chaque ligne d'une autre histoire
    et que les murs qui se dressent entre les solitudes
    reviennent en cendres depuis les hauteurs du partage
     
    Nous sommes impatients de réalités subtiles
    nous brûlons de cette fièvre des mots parlant la langue des bannis
     
    Nous avons urgence d'horizon au bout de chaque doigt
     
    Nous entendons de la lumière qu'elle ne quitte plus l'étreinte
    avec nos puits de courage..."

    5 février 2017

    Philippe Tancelin

     

    texte conférence-effraction: "corps de l'artiste "

    (Jean-Pierre Bigeault. Poète et Psychanalyste)

  • Publications des Membres du Collectif EFFRACTION

    Philippe Tancelin A fleur de clarté Editions Unicité

    2016

    La connaissance ignore autant sa force que sa fragilité. Chacun des pas franchis qu'elle croit achevé hésite à la venue de l'autre. Ainsi, le chemin de vie doit-il consentir à son inattendu. C'est pourquoi se croisent ici les mots du poète avec le sens d'une histoire en perpétuel devenir où chacun est sans cesse déplacé pour son plus grand étonnement, toujours à fleur des choses.

     

  • EFFRACTION 1

    Fragments, lambeaux
    Collectif de Poètes des cinq continents
    Philippe Tancelin, Bela Velten
    Poètes des cinq continents
    LITTÉRATURE POÉSIE EUROPE France

     

    A l'heure des obscurantismes féroces, le rappel, à travers les millénaires culturels de sourires et fragments de sagesse vient ici comme une heureuse fortune soutenir la lucidité de poètes et écrivains contemporains. Il les exhorte à une présence urgente, une vigilance rieuse dans la cité moderne. Ce recueil tissé de la résonnance entre les écritures les plus anciennes et celles d'aujourd'hui, procède de cette mémoire collective vivante qui trace sur le chemin d'histoire une éternelle pensée poétique du devenir.

  • Poètes dans la cité:

    Cette rubrique vous est ouverte à toutes et à tous qui par la voie du poème, entendez faire entendre dans la cité, la voix humaine du refus du mépris, de l'iniquité, de la marginalisation, précarisation, expulsion qu'impose à travers le monde, l'univers des nantis. La cité nous doit d'exister comme espace de libertés, nous devons à la cité de nous exprimer dans l'urgence du maintien de ces libertés. Lorsque la langue de communication n'est plus qu'une langue d'ordre et de soumission aux places financières de la parole et à la marchandisation de la création, il faut inventer une autre langue, un autrement parler, un autrement écrire, étrangers, pour un autrement penser la vie, son quotidien.

    La langue poétique peut être cette langue étrangère dans chaque langue afin que s'écoute, se lise, se vive une autre existence plus attentive et soigneuse de l'Être. Le poème est notre peuple dont l'appartenance de tous à lui, est la chance d'une société autre, en devenir, grâce à l'allégresse d'un pas à pas utopique-critique que nous ferons ensemble.

    « Poètes dans la cité » témoigne du refus éthique de se résigner à une certaine obscénité du cours mondialisé de l'histoire....Ce témoignage est l'oeuvre du poème que nous écrirons sans fin

  •  

     

     

    COLLECTIF EFFRACTION-Poètes des cinq continents:

    " la poésie inspire le réel"

     

    Chers.es amis.es

    Pour celles et ceux qui en prennent, les "vacances" s'achèvent et la "rentrée" se fait!

    A cette occasion nous sommes heureux de vous informer que nous tiendrons une petite assemblée générale de notre collectif festif le 21 septembre à l'espace l'harmattan à 19h 21 rue des Ecoles Paris 75005.

    .Nous vous y révélerons le programme de nos soirées jusqu'en Décembre 2018 inclus et mettrons ensemble la dernière main ou touche sensible au programme 2019.Par ailleurs nous ne manquerons pas d'évoquer nos projets d'interventions-manifestations au cours de l'année sans oublier l'accueil de nos nouveaux partenaires individuels et ou collectifs

    .Au 21 donc autour de nos voeux, de nos pensées critiques, de nos ivresses de vivre "poétiquement" ce monde...

    Pour le collectif

     Philippe Tancelin

     

    PS: Celles et ceux qui bien que non membres de notre collectif reçoivent ce message, sont très chaleureusement invités à cette soirée.

    Philippe Tancelin

     

     

     

     

     

     

     

    NOUS SOUTENONS LES 3 DE BRIANCON

    OUI à L’ASILE A BAS LA LOI COLLOMB

     

     

    Nous serons tous une « bande organisée » autour des militant.e.s de la solidarité.

    Le 21 avril les militants d'un groupe d’extrême-droite suprématiste "Génération Identitaire", a mis en scène au col de l'Echelle (05) une opération de "blocage des frontières" entre la France et l'Italie, interdisant l'accès à des personnes épuisées par un trajet en montagne, les mettant ainsi potentiellement en danger. Cette action fut largement diffusée sur les réseaux sociaux à renfort de commentaires xénophobes

    Le lendemain, une manifestation de 150 habitants des vallées frontalières, engagés dans la solidarité concrète avec les migrants transitant dans cette région, traversent symboliquement la frontière de Clavière jusqu'à Briançon, pour protester contre la militarisation de la frontière et la non prise en charge des personnes mineures ou en demande d’asile par les autorités. La gendarmerie française effectue alors 6 interpellations arbitraires. Trois personnes seront relâchées et trois autres sont en liberté provisoire, en Savoie et à Marseille. Elles sont poursuivies pour « avoir par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée irrégulière en France de plus d’une vingtaine d’étrangers, avec cette circonstance que les faits ont été commis en bande organisée », elles risquent selon la loi française jusqu’à 10 ans de prison, assortie de 750 000 euros d’amende. Le jugement a été renvoyé au 31 mai 2018. A travers cette accusation c'est la solidarité humaine et toute forme d'assistance y compris à personnes en danger qui est ainsi considérée comme un délit passible de prison de très longue durée mais c'est aussi le déni pur et simple du droit d’asile et donc de séjour, lequel est une obligation conventionnelle de la France.

    Devant une telle répression et atteinte à la conscience humaine nous sommes et nous nous sentons tous des montagnards, nous accompagnons depuis des siècles ceux qui doivent impérativement traverser la frontière pour se mettre à l'abri, protéger leur vie et leur liberté. Les montagnes par leurs innombrables sentiers nous aident.
    Nous continuerons à le faire. Nous revendiquons notre aide comme légitime. Nous déclarons illégitime la loi qui nous incrimine, parce que contraire à la fraternité et au devoir universel des hommes au secours d'autres hommes en détresse. En mer comme sur terre: nous déclarons que nous continuerons à porter secours à ceux qui ont besoin de nos sentiers.
    Personne n'est clandestin. Dans nos montagnes, il n'y a que des hôtes de passage. Cet appel est signé en Italie et en Suisse comme en France. Cette hospitalité, nous nous rassemblerons: pour la réaffirmer en même temps que notre soutien aux trois inculpés de Briançon.

    le 27 mai à partir de 15h30,

    Comité de soutien des trois de Briançon, Tous Migrants, Réseau hospitalité et plus de 3000 signatures sur la pétition d'Erri de Luca

    Premiers signataires: comité de soutien au trois de Briancon, Tous Migrants de Briançon, Réseau hospitalité de Gap, Solidaires, DAL, Ensemble!, EELV, Convergence services Publics, République et Socialisme, Résistance sociale, Mouvement Ecolo,

     

     

    Calendrier des manifestations organisées par

    "Effraction/L'harmattan/Cicep//Théâtre des Déchargeurs

     

    * 11 juin 19h

     

    Espace l'Harmattan, 21 bis rue des Ecoles (Métro : Cluny/Sorbonne, Jussieu, Maubert-Mutualité)

    accueil du poète Chinois Zhao Lihong

    en présence du poète ADONIS. Lecture Philippe Tancelin

     

    * 12 juin 17h

    Théâtre des Déchargeurs (rue des déchargeurs métro châtelet)

    Soirée Zhao Lihong lecture par Adonis, André Velter, Philippe Tancelin, Zhang Blen

     

    * 15 juin 19h

    «L'EFFRACTION DES VENDREDIS »Espace l'Harmattan, 21 rue des Ecoles Paris 75005,(Métro : Cluny/Sorbonne, Jussieu, Maubert-Mutualité)

    Iro Siafliaki (cinéaste)Philippe Tancelin (poète-Philosophe) "De la beauté au pays de chacun (e) « poésie et cinéma»

     

    20 juin 19h

     

    "Espace l'Harmattan" Soirée Geneviève Clancy en l' honneur de la publication de son ouvrage "esthétique de la violence" (projections-témoignages)

     

     

     

     

     

     

    * 22 juin 19h

    19 rue des Frigos Paris 13è (métro bibliothèque François Mitterrand)

     

    soirée "lire entendre la poésie palestinienne contemporaine" par Philippe Tancelin autour de 17 poètesses et poètes palestiniens. accompagnement musical (Oud)

     

    organisé par le "collectif effraction et le centre international de créations d'espaces poétiques.

     

     

     

     

     

                    

     

     

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